ANGOLA: Ecole de deuxième chance pour adolescentes

[LUANDA, 22 août 2009] - L’éducation primaire gratuite pour tous constitue une politique du gouvernement angolais. Mais malheureusement, cette politique ne s’est pas traduite en une réalité permettant à tous les enfants du pays de recevoir une éducation.

Environ un tiers des garçons et filles du pays ne vont pas à l’école, estime l’organisation non gouvernementale internationale 'Save the Children'. Des décennies de guerre civile ont détruit de nombreuses écoles de l’Angola, et l’investissement dans la formation des enseignants s’est arrêté.

Lorsque la guerre a pris fin en 2002, la situation a lentement commencé par changer puisque des prix élevés du pétrole ont provoqué un essor économique en Angola, pays riche en pétrole. Une partie des bénéfices est en train d’être convertie en un investissement dans l’éducation.

Le gouvernement affirme avoir recruté et formé plus de 70.000 enseignants, et des vidéos "brillamment" présentées sur la télévision nationale parlent d’un programme ambitieux pour reconstruire des centaines d’écoles détruites au cours de la guerre et former plus d’enseignants pour travailler dans tout le pays.

Pourtant, malgré ces efforts, la demande pour l’éducation n’est pas satisfaite; et des enseignants sous-qualifiés gardent jusqu’à 60 élèves par classe. Ce manque de capacité signifie que bien que les écoles n’imposent pas des frais scolaires, certains enseignants ont été connus d’accepter des cadeaux financiers ou autres afin de garantir l’inscription des élèves. Avec la famille angolaise moyenne ayant cinq ou plus d’enfants, peu de familles peuvent se permettre de garantir des places à tous leurs enfants.

Les filles, paraît-il, sont les plus grandes victimes, souvent ratant leur chance pour l'éducation parce qu’elles sont gardées à la maison par leurs parents pour diriger le ménage et s'occuper de leurs frères et sœurs.

"Lorsque mon père est mort, ma vie s'est arrêtée et j'étais obligée de cesser d'aller à l'école pour aider ma mère", a déclaré Aminosa Miranda, 15 ans, qui a récemment recommencé à suivre les cours. "Maintenant, je suis ici en train d'étudier encore, et j'aime vraiment cela parce que j'ai appris à faire beaucoup de choses, comme la fabrication de paniers et du crochet", a-t-elle ajouté.

Le fait de s’attendre à voir les filles aider dans les tâches ménagères est en train d’ouvrir un fossé dans les taux d'alphabétisation entre les deux sexes. Selon les chiffres de 2007 du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), 84 pour cent des garçons et seulement 63 pour cent des filles étaient instruits.

En outre, le taux élevé de grossesses chez les adolescentes est en train de perpétuer le problème, piégeage beaucoup de jeunes femmes dans une vie de pauvreté. Plus de la moitié des filles angolaises âgées de 15 à 19 ans ont au moins un enfant, a indiqué un projet de rapport du Programme des Nations Unies pour le développement en 2009.

"Il y a une inégalité de genre bien déterminée", a confié à IPS, Douglas Steinberg, directeur national de 'Save the Children' en Angola. "Ce que nous constatons, c’est au niveau de la première inscription et des premières années d'études, c'est plutôt égal en termes des garçons et des filles. Mais en quatrième année, nous voyons beaucoup plus de filles qui abandonnent l’école, souvent à cause des pressions familiales et des tâchent ménagères qu’elles exécutent.

"Et bon nombre des filles qui atteignent le niveau moyen tombent enceinte et abandonnent de toutes les façons", a-t-il ajouté.

Les jeunes filles qui abandonnent, tout en sachant lire et écrire ou compter à peine, ont peu d'opportunité pour améliorer leur situation économique et finissent pour la plupart par devenir des commerçantes de rue informelles.

Dominga Carla Consumala, une enseignante à Cazenga, un des quartiers les plus pauvres et les plus surpeuplés à la périphérie de Luanda, la capitale, travaille dans le Projet de l'éducation des filles adolescentes qui offre aux filles ayant abandonné l'école une deuxième chance.

Elle estime que le cycle des filles qui ne vont pas à l’école et tombent enceinte devrait être brisé. "Nous nous battons pour changer cela. Notre pays est en paix maintenant. Il existe beaucoup d’opportunités de travail et si les filles n’étudient pas, elles n'auront pas un avenir", a-t-elle déclaré.

Les cours, pour les filles âgées de 10 à 18 ans, offrent un programme d'apprentissage gratuit et accéléré qui couvre deux niveaux dans une année. Il existe également des cours d'alphabétisation traditionnelle organisés les soirs pour ceux ou celles qui n'ont pas le temps d'assister au cours dans la journée.

Structuré par 'Save the Children', le programme est soutenu par la mission catholique brésilienne 'Congregação Irmãs Catequistas Franciscanas', l’ONG angolaises OSCI (Organisation des enfants de Sainte Isabela) et le géant pétrolier américain 'ExxonMobil'.

En plus de l'alphabétisation de base, les questions de la santé sexuelle et personnelle ainsi que la nutrition occupent la première place dans le programme d'études. Les adolescentes qui ont des enfants peuvent les amener en classe, où ils sont surveillés pendant que les jeunes mères suivent des cours.

En dehors de l'éducation scolaire, les filles apprennent à fabriquer des sacs et le linge de ménage pour générer un petit revenu. "l’objectif est de donner aux filles les compétences pour l'avenir", a expliqué Consumala. "Alors, elles peuvent avoir un revenu durable quand elles quittent l'école."

Pour ces jeunes filles, les cours constituent une deuxième chance à la vie. Maria de Fatima Manuel Antonio (16 ans), une élève, a déclaré: "J'avais la rougeole et elle a affecté ma mémoire; alors j'ai cessé d'aller à l'école. Mais ensuite j'ai été informée de ces cours et ils m'aident à apprendre à lire et à écrire encore".

Aminosa et Mara sont parmi les 490 jeunes filles qui font partie du programme. Ce programme, bien sûr, gratte seulement la surface. Avec neuf millions de personnes de moins de 18 ans et trois millions de moins de cinq ans, qui ont tous besoin de l'éducation, les pressions sur le système scolaire de l'Angola vont augmenter.

Ce défi a été reconnu par le gouvernement, qui a promis un tiers de son budget 2009 de 33,3 milliards de dollars, pour les dépenses sociales, y compris l'éducation.

Mais Steinberg reste prudent. "Il y a eu une amélioration et un investissement considérables", a-t-il affirmé. "Mais le problème est que la qualité de l'éducation est toujours assez faible. Beaucoup d'enseignants n'ont pas eux-mêmes un bon niveau, et ils n'ont pas été correctement formés".

Il estime que l'Angola ne sera pas en mesure d’améliorer le système éducatif au cours des deux prochaines années, comme le promet le gouvernement. "Deux ou trois ans sont trop courts pour voir une grande amélioration. Je pense que nous cherchons vraiment une transition beaucoup plus longue avant de passer au programme éducatif".

pdf: http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5454

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