RWANDA Tollé autour de la réaffectation des fonds à l’éducation primaire

Summary: KIGALI, 3 nov (IPS) - Pour atteindre l'objectif de développement relatif à l'accès universel à l'enseignement primaire d'ici à 2015, le gouvernement du Rwanda a décidé de réaffecter au secteur de l'éducation primaire une partie importante de son budget destiné à l'enseignement supérieur.

En conséquence, des milliers d'étudiants qui dépendent des bourses craignent qu'ils soient obligés d’abandonner leurs études si leurs allocations et bourses d'études fondées sur le mérite - qui couvrent les frais de scolarité de l’étudiant, l'hébergement et les frais de subsistance - sont raclées.

Cedric Kavamahanga, un étudiant en ingénierie à l'Institut des sciences et technologies de Kigali, affirme que bon nombre de ses camarades étudiants pourraient être obligés d’abandonner l'université.

"Les moyens de subsistance [et l'accès à l'enseignement supérieur] pour beaucoup d'étudiants issus de familles pauvres dépendent de cette somme qui leur est allouée", explique-t-il.

Mais le gouvernement rwandais dit clairement qu'il estime que le nouvel accent mis sur l'amélioration de l'accès et la qualité de l'enseignement primaire justifie les sacrifices qui seront faits dans le secteur de l'enseignement supérieur.

"La résolution de supprimer les bourses des étudiants a été prise après avoir remarqué qu'il existe d'autres niveaux du système éducatif du pays qui sont toujours à la traîne", déclare Charles Murigande, le ministre de l'Education.

Le ministre promet que les bourses seront supprimées progressivement. Il a dit que, pendant un moment, le gouvernement continuera à appuyer financièrement les étudiants, mais pendant des périodes plus courtes, avec les étudiants qui seront tenus de supporter finalement la totalité de leurs frais universitaires.

En 2009, le ministère de l'Education du Rwanda a dépensé 11,4 millions de dollars sur les bourses pour environ 27.000 étudiants dans les universités publiques et institutions d'enseignement supérieur.

Le gouvernement estime que cette somme est beaucoup trop élevée et recommande plutôt l’utilisation de cet argent pour s’assurer que tous les citoyens bénéficient gratuitement jusqu’à neuf ans de l'enseignement de base - six ans au cours primaire et trois ans au cours secondaire.

Cependant, Murigande promet de ne pas abandonner les étudiants. Il affirme que les étudiants qui sont incapables de terminer leurs études sans l’appui financier du gouvernement, seront d’une manière ou d’une autre pris en compte dans le budget de l'éducation remanié. Mais jusqu'à présent, aucun plan spécifique n’a été mis en place pour résoudre le problème.

En fin de compte, le gouvernement espère que les universités publiques et privées commenceront à financer des bourses pour leurs propres étudiants à partir de l'argent généré par les recherches faites dans leurs institutions. D'autres auront à faire une demande de prêt qu’ils rembourseront après les études.

"Le gouvernement met l'accent sur la transformation des institutions d'enseignement supérieur en des universités autonomes, capables de générer leurs propres revenus à partir de leurs recherches", indique Murigande.

Il croit qu'il incombe d’abord au gouvernement de veiller à ce que tout le monde ait accès à l'éducation de base, bien que l'enseignement supérieur soit important, mais pas une nécessité.

Depuis que Rwanda a introduit la gratuité de l'éducation primaire en 2003, le nombre d’apprenants inscrits a augmenté dans tout le pays. Mais l'insuffisance des infrastructures, le manque d'équipement et la pénurie d'enseignants qualifiés mettent en péril les progrès réalisés.

"Le Rwanda s'est engagé à réaliser l'éducation universelle en évoluant, étape par étape, et jusque-là, la gratuité de l'enseignement primaire dans le pays devient lentement une réalité", explique le Premier ministre rwandais, Bernard Makuza.

"Désormais, 25 pour cent du budget total [environ 92,1 millions de dollars] du secteur de l'éducation, qui étaient accordés sous forme de bourses aux étudiants, seront utilisés pour financer l'éducation de base pour tous", ajoute-t-il.

Makuza estime que la suppression des bourses accordées aux étudiants des universités publiques constitue le meilleur moyen de combler les écarts financiers dans le secteur de l'enseignement primaire. L'argent sera non seulement consacré à l'éducation primaire, mais utilisé aussi pour améliorer les trois premières années de l'enseignement secondaire.

D’ici à 2012, environ 40 pour cent des enfants du pays auront gratuitement accès aux enseignements primaire et secondaire, et ce nombre aura plus que doublé d'ici à 2015, la date buttoir pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), promet le gouvernement.

"Malgré nos modestes ressources, nous avons affecté plus de 25 pour cent de notre budget national annuel à l'éducation, ce qui nous permet de réaliser l’objectif de 98 pour cent pour la scolarisation au niveau primaire, bien avant 2015", a annoncé le président Paul Kagame au cours du Sommet des Nations Unies sur les OMD, qui s’est déroulé à New York en septembre.

Ce sera une énorme amélioration, par rapport aux 11 pour cent des enfants fréquentant l'école primaire au Rwanda en 2007.

Mais les experts en éducation du pays s’inquiètent que la réaffectation des budgets de l'enseignement supérieur signifie qu’à long terme le Rwanda ne sera pas en mesure de produire une élite intellectuelle qui puisse aider à renforcer la croissance économique de ce pays pauvre d'Afrique centrale.

Ils croient également qu'elle fragilisera la position largement perçue du Rwanda comme un modèle pour la mise en œuvre de l’initiative "Education pour tous" de l'Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), qui vise à répondre aux besoins éducatifs de tous - enfants, jeunes et adultes - d'ici à 2015.

"Ce serait important d'évaluer soigneusement la tendance de ce changement de financement de l'éducation pour éviter que le Rwanda ne finisse pas par se retrouver à la traîne quand il s'agira de son offre académique compétitive et de son économie", prévient un maître de conférences à l'Université nationale du Rwanda, à Butare. (FIN/2010)

pdf: http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6199

Pays: 

Please note that these reports are hosted by CRIN as a resource for Child Rights campaigners, researchers and other interested parties. Unless otherwise stated, they are not the work of CRIN and their inclusion in our database does not necessarily signify endorsement or agreement with their content by CRIN.